Décarbonation des navires : les pêcheurs bretons progressent

S’il n’existe pas de recette miracle pour libérer les navires de leur dépendance aux énergies fossiles, les professionnels font advenir des solutions transitoires afin de réduire pas à pas leur consommation.

Alors que les cours du pétrole peinent à retomber suite à l’embrasement au Moyen Orient en début d’année, les acteurs de la pêche bretonne sont déjà tournés vers l’avenir. « Les principales crises subies par la pêche ces dernières années ont toutes été déclenchées par la flambée des prix du gasoil. Nous devons à tout prix sortir de cette spirale. L’idée, c’est d’investir dans nos outils non pas pour pêcher plus, mais pour pêcher mieux », font valoir les professionnels qui s’impliquent sur différents fronts.

Economies à tous les niveaux avec deux chalutiers de Lorient

A Lorient, en partenariat avec le CRPMEM Bretagne, l’armement pour la pêche artisanale de Keroman (Apak) est engagé depuis 2022 dans le développement d’un mode de propulsion hybride, à travers le projet HYBA dont la deuxième phase est désormais engagée. Après avoir étudié et modélisé le comportement d’un chalutier pélagique de 22 mètres, le Naoned, au moyen d’environ 80 capteurs, il s’agit désormais de l’équiper d’un pack de batteries à l’horizon 2027. Des économies de carburant de 22 à 25% sont espérées.

Dans le même temps, un autre chalutier pélagique de l’Apak, le Dolmen, sera également mobilisé pour déployer des solutions techniques innovantes, systèmes et capteurs embarqués pour optimiser le pilotage (économètre) et les régimes du moteur, mais aussi l’hydrodynamisme des engins de pêche. Les gains attendus sont de l’ordre de 12 à 15%, soit 42 000 litres de carburant et 112 tonnes de CO2 économisés. 

Enfin, l’Apak développe avec le projet HYO (halieutics yield optimizer) une plateforme numérique d’aide à la décision, afin de mieux anticiper les trajectoires des navires, la mise en marché et la valorisation des captures.

Pour en savoir plus

Mode de propulsion optimisé sur un chalutier du Guilvinec

Au Guilvinec, toujours en lien avec le CRPMEM Bretagne, le chalutier artisan de 17 mètres Magellan II achève un important refit qui intègre à travers le projet SIRENE une innovation majeure pour la transition énergétique de la pêche : le système Ecopro déployé par la société Laminak Energy. Ce dispositif consiste à produire et injecter dans le moteur des micro-quantités d’hydrogène pour améliorer la combustion du carburant.

Le système est facilement transposable aux navires existants et sans danger car il ne prévoit pas de stockage d’hydrogène à bord. Déjà testé depuis 5 ans sur vingtaine de navires au Royaume-Uni, il est couplé avec un économètre afin de confirmer ses promesses. Sont espérées des économies de carburant de l’ordre de 10 à 15%, mais aussi une réduction de 30% des émissions d’oxyde d’azote (Nox).  Le projet bénéficie de fonds européens avec le soutien de la région Bretagne et le GALPA Pays de Cornouaille.

Des obstacles à lever

D’autres initiatives et projets sont à l’étude et pourront à l’avenir accentuer cet effort sans précédent de décarbonation. Ne portant pas d’idéologie ou de religion dans ce domaine, les comités des pêches bretons cultivent une approche pragmatique et progressive avec la seule ambition d’éprouver et diffuser au plus grand nombre de professionnels les solutions concrètes et efficaces (propulsion hybride, électrique, vélique, hydrogène ou autre carburants alternatifs, …).

Une chose est certaine : les économies substantielles proviendront vraisemblablement de la combinaison d’une large palette de technologies. Dans cette perspective, un véritable accompagnement des pouvoirs publics et des services de l’Etat est nécessaire. Avancer sur la voie de la décarbonation exige de faire évoluer la réglementation pour mettre en œuvre les solutions de demain, en levant notamment tous les obstacles à la modernisation et à la construction des navires.