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jeudi 7 avril 2016

Pêche en eaux profondes: Billet d'humeur des comités des pêches bretons

Le 29 mars, le groupe agromousquetaires et l'ONG Bloom annoncent simultannémentl’abandon sous dix ans du chalutage en eaux profondes et un plan de restructuration de l’armement SCAPECHE de 50 millions d’euros sur la même période.

Face à ce nouveau coup de théatre les comités des pêches bretons ont souhaité répondre avec ce billet d'humeur exprimant toute leur déception et leur inquiétude sur la façon dont pourrait être gérée la filière Pêche en France à l’avenir.

CHALUT DE FOND EN EAUX PROFONDES ET EXTORSION DE FONDS EN EAUX TROUBLES ?


C’est probablement le casse du siècle. Après dix ans de lutte acharnée, l’ONG BLOOM met à genou le groupe Intermarché qui a annoncé le 29 mars 2016 qu’il stopperait la pêche en eaux profondes à l’horizon 2025 et qu’il mettrait en oeuvre, en partenariat avec son ancien adversaire, un programme de restructuration de 50 millions d’euros !

A l’avant-veille d’un 1er avril, cette union aussi étonnante que troublante n’a pas créé l’hilarité, bien au contraire. En contraignant ainsi le premier armateur de France, l’ONG s’immisce dans la gouvernance de l’entreprise et, par la même occasion, dans l’organisation de la filière Pêche en France.

Ce coup de force, qui fait fi des positions parlementaires et gouvernementales - et alors
qu’un compromis sur le dossier de la pêche profonde est actuellement en discussion à
Bruxelles - tient en fait de pressions insidieuses en partie effectuées lors de « visites » de magasins.

Il existe pourtant une politique européenne environnementale pour la mer. Pour respecter les directives européennes, les Etats membres ont mis en place des évaluations d’incidence environnementales. Alors pourquoi ne pas avoir utilisé cet outil ? Tout simplement parce que leur mise en oeuvre aurait laissé l’initiative aux pouvoirs publics et non pas à cette ONG.

Quelle ironie quand on sait que c’était la voie la moins coûteuse pour le groupe, quand bien même elle aurait potentiellement abouti à de nouvelles restrictions de pêche. De vraies études d’incidences auraient de surcroît permis de lever les incertitudes qui persistent à propos des espèces et des habitats situés dans les grandes profondeurs. Mais l’intérêt de l’ONG n’était pas là non plus.

Non, son objectif était de pénétrer la gouvernance de la pêche en soutirant au passage à son ancien adversaire, sa part de l’enveloppe de 50 millions d’euros destinée à un plan de restructuration imposé au groupe. Les 900.000 signataires de la pétition « BLOOM » apprécieront combien leur naïveté aura été valorisée. La manière et le procédé font écho au documentaire «Océans, la voix des invisibles » présenté au dernier festival « Pêcheurs du monde » à Lorient.

Concernant cette fois le groupe Intermarché, comment ne pas se sentir trahis quand bien même la pression devait être forte. Tout ce temps passé par la filière, par les élus locaux et nationaux, pour défendre un métier – les métiers – de la pêche. Le communiqué du groupe n’évoque à aucun moment cet investissement humain.
Nul doute que son conseiller « stratégique », DELOITTE ENVIRONNEMENT, s’occupera de trouver les quotas de pêche qui vont faire cruellement défaut à l’armement de l’enseigne pour mener à bien son projet de diversification vers la pêche artisanale et côtière. Sauf que le « grisbi » arraché à Intermarché ne pourra pas servir à acheter ces droits de pêche qui vont manquer… La France n’a pas voulu des quotas de pêche individualisés et monnayables.

Ce billet d’humeur est à l’image de l’état d’esprit de la filière après les annonces du 29 mars016. Les Comités des Pêches n’ont pas de clients à perdre ou d’enseignes à défendre. Ils continueront à faire entendre la voix des pêcheurs professionnels et ne seront certainement pas invisibles. Ils défendront une véritable politique publique de l’environnement et s’opposeront toujours à une écologie idéologique et punitive. Le personnel et les équipages de l’armement SCAPECHE - qu’ils soient embarqués sur les grands ou les plus petits navires - peuvent également compter sur les Comités des Pêches pour veiller à ce qu’ils ne soient pas les victimes collatérales de ce coup de force.

Dans « Dès que le vent soufflera » Renaud chantait « la mer c’est dégueulasse » mais tout de
même…

Les Comités des Pêches de Bretagne

[pdf] chalutage_profond_billet_d-humeur_des_comites_bretons.pdf (42,91 ko)
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